On sème du sel pour marquer la déchéance d’un lieu vaincu. Est-ce légendaire ? Combien faut-il de charrettes ou de navires pour apporter le sel nécessaire ?

  • Carthage (Histoire de)

Le siège s’achève par l’assaut final en mars ou avril 146, suivi de la destruction totale de la ville … La chute et l’incendie de la cité durent pendant dix-sept jours. Rayée de la carte, elle ne laisse que des ruines.
Au XXe siècle, une théorie a indiqué que les Romains ont répandu du sel sur les terres agricoles de Carthage pour empêcher de cultiver la terre, théorie désormais totalement démentie, l’Afrique devenant par la suite le « grenier à blé » de Rome. Le territoire de l’ancienne cité est néanmoins déclaré sacer, c’est-à-dire maudit.
– Source : Hédi Dridi, Carthage et le monde punique, Paris, Les Belles Lettres, 2006

 

  • Château de Josselin

En 1154, Eudon de Porhoët, beau-père, régent et tuteur du jeune duc de Bretagne, Conan IV, rassemble des seigneurs bretons pour priver son beau-fils de ses droits. Il est défait par Henri II Plantagenêt, roi d’Angleterre et nouveau duc d’Anjou, auprès duquel s’est réfugié Conan IV. Vers 1170, Henri II vient en personne diriger la démolition du château et fait semer du sel afin de maintenir les murs en ruine.
La forteresse est relevée dès 1173 par le vicomte de Porhoët Eudon, allié du roi de France.
– Source : Charles Floquet, Châteaux et manoirs bretons des Rohan, Y. Salmon, 1989

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– Josselin – Vue du château de nuit

 

  • Château de Dortan

En 1637, pendant les guerres de Franche-Comté, Louis de Dortan et son fils Philippe-François, prirent le parti des Comtois contre les troupes du roi Louis XIII. Pour les punir de leur félonie, un arrêt ordonna que leur terre soit confisquée, leur château patrimonial rasé, son sol labouré et semé de sel. Les deux coupables furent condamnés à être pendus ; mais l’exécution n’eut lieu qu’en effigie l’année suivante (au XIXe siècle, dans les papiers conservés, dans les archives de Dortan, un acte par huissier, réclamait, au nom du bourreau, le prix de la main-d’œuvre).
Le 6 février 1637, le roi, revenant sur l’arrêt, fit don au sieur de Reydellet, chevau-léger de la compagnie de sa garde, en récompense de ses bons services, du château et de la terre de Dortan, lequel, deux mois après, fit cession, moyennant finance, de tous ses droits aux anciens propriétaires.

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– Le château de Dortan en 2006 (via Rapallini Julien)

 

  • Histoire de l’Argentine : Colonia

La présence espagnole se limitait au départ à de petits noyaux, essentiellement le long de la route importante dite Camino Real, destinée au début à drainer les richesses minières du Haut-Pérou (Bolivie actuelle) vers le Río de la Plata. Là fut construite, en 1536 une colonie appelée Buenos Aires.
En 1680, les Portugais venus du Brésil tout proche avaient fondé au nord du Río de la Plata, face à Buenos Aires, sous le nom de Colonia del Sacramento un établissement, qui menaçait gravement les intérêts espagnols. Ceux-ci avaient attaqué et pris cette ville à plusieurs reprises, mais chaque fois, grâce à un traité international, les Portugais avaient récupéré la ville.
C’est finalement en 1776 que le roi Charles III s’avisa de la solution du problème et de ce qu’il fallait faire pour chasser les Portugais du Río de la Plata. Il prit la décision d’instituer la vice-royauté du Río de la Plata. Presque immédiatement, le nouveau vice-roi Pedro de Cevallos organisa une puissante armée et la mena contre les Portugais. Il avait ajouté à cette armée des contingents de Guaranis, habitués à se battre contre les Portugais. Cevallos prit Colonia en 1777 et la détruisit totalement, allant symboliquement jusqu’à semer du sel sur ses ruines. La ville fut cependant occupée à nouveau par les Portugais puis par les Brésiliens quelques décennies plus tard.

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– Colonia del Sacramento, Uruguay (c’est la plus vieille ville du pays)

Le symbole fort, c’est qu’on rebâtit sur place, ou juste à côté,  autre chose. On peut encore répandre du sel pour dégeler les routes, pour porter bonheur, et enfin :

« Les paysans de la commune du Pertre se lèvent vers minuit, dans la nuit du trente avril au premier mai, pour aller répandre du sel sur les échaliers (passages de clôtures) de leurs prairies afin d’empêcher les sorciers de prendre leur beurre »
– Source : Adolphe Orain, Folkhlore de l’Ille-et-Vilaine, 1897

 

 

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