La décapitation ou décollation est un moyen énergique et efficace de modifier le cours de la vie. La Bible et la Légende dorée proposent des exemples qu’on peut rapprocher des légendes véhiculée par l’histoire.

  • Judith et Holopherne

Gustav Klimt Judith I, 1901 Öl auf Leinwand 84 x 42 cm

 – Gustav Klimt, Judith, 1901, oil on canvas, 84 × 42 cm, Austrian Gallery Belvedere

Judith n’est pas que la dame de cœur des jeux de cartes. Dans le livre de Judith, les « Assyriens » de Nabuchodonosor (Nebukadnezzar II, roi de l’empire néo-babylonien vers 600 av. J.-C.) ont vaincu les Mèdes avec leur général Holopherne. Celui-ci attaque Béthulie en Israël.

Judith se fait passer auprès de l’ennemi pour une espionne qui souhaite trahir son peuple. Son nom, signifiant Louange, éponyme du peuple juif, est le féminin de Judah, le quatrième fils de Jacob. Elle gagne la confiance de Holopherne, l’enivre (comme son propre ancêtre Noé qui a, le premier, planté la vigne) et ramène sa tête à Béthulie. L’histoire est écrite lors du retour des Juifs en Israël et de la reconstruction de Temple autorisée par Cyrus.

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 – Artemisia Gentileschi, Giuditta che decapita Oloferne, c. 1614, oil on canvas, 199 × 162.5 cm, Uffizi Gallery, Florence

  • Tomyris et Cyrus

Cyrus II le grand, roi de Perse vers 550, av. J.-C., soumet les Mèdes et l’empire néo-babylonien. La dynastie achéménide qu’il fonde a donné des Cambyse, Darius, Xerxès et Artaxerxès avant d’être balayée par le roi de Macédoine, Alexandre   le grand.

Mais quand Cyrus s’attaque aux Massagètes, des Scythes à l’extrémité orientale de son empire, il est défait et la reine Tomyris plonge sa tête, tranchée, dans un vaisseau rempli de sang. L’épisode est d’abord relaté par Hérodote, premier auteur d’un ouvrage d’histoire, les Enquêtes (historiai), vers 450 av. J.-C.

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 – Coxcie, Michiel van, The Revenge of Tomyris, c. 1620, Oil on wood, 185 x 175 cm, Akademie der bildenden Künste, Vienna

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 – Preti, Mattia, Queen Tomyris Receiving the Head of Cyrus, King of Persia, 1670-72, Oil on canvas, 181 x 129 cm, Private collection

  • Salomé et Jean-Baptiste

L’histoire bascule avec Hérode, on rentre dans le cycle des martyres. Ce tyran règne à Jérusalem quand Jean le Baptiste, cousin de Jésus (et supposé de famille royale pour diverses raisons, dont les circonstances de son trépas), rencontre son destin.

Salomé danse devant son père Hérode et il lui promet d’accéder à son vœu : elle demande, sur le conseil de sa mère Hérodiade, la tête de Jean, qui lui est offerte sur un plateau. Cela sent l’intrigue de palais ; de plus, la décapitation est un supplice réservé aux nobles – ou aux citoyens romains.

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 – Filippo Lippi, Herod’s Banquet (detail) c. 1452, fresco, Duomo, Prato

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 – Caravaggio, Salome with the Head of the Baptist, c. 1609, Oil on canvas, 116 x 140 cm, Palacio Real, Madrid

Jésus a subi une peine plus infamante, sur la croix. Les héros et juges hébreux avaient d’autres ressources. Yaël tue l’ennemi avec un piquet de tente, Samson avec une mâchoire d’âne (on représente aussi Caïn avec) et David avec une fronde. Seule Judith respecte son ennemi en choisissant l’épée.

Les martyres continuent avec Georges, soldat romain à Lycomédie, et Catherine, fille de roi, à Alexandrie, vers 300 ap. J.-C. La Légende dorée de Jacques de Voragine détaille les supplices atroces qui sont utilisés, parmi lesquels la roue bardée de pointes de fer.

Georges en guérit et Catherine y échappe : « Et voilà qu’un ange du Seigneur frappa et brisa cette meule avec tant de force qu’il tua quatre mille païens. »

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 – Bassano, Jacopo, The Martyrdom of St Catherine of Alexandria, 1544, Oil on canvas, 160 x 130 cm, Museo Biblioteca Archivio, Bassano del Grappa

Pour les deux saints, seule la décapitation a un effet définitif.

  • Georges de Lydda

Georges est celui qui a foudroyé un dragon et n’est le saint patron que de l’Angleterre, de la Géorgie, de Malte, du Portugal, de la Roumanie, de l’Aragon et de la Catalogne, des Pays-bas, du Liban, de la Bulgarie, de la Lituanie, sans oublier la Serbie et la Slovénie, entre autres. Quand il est canonisé par le pape Gélase 1er, en 494, celui-ci se tient à distance de la légende et déclare que « son nom est à juste titre vénéré par les hommes, mais que ses actes ne sont connus que de Dieu ».

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 – Coxcie, Michiel van, The Torture of St George, 1580s, Panel, Saint Rombout Cathedral, Mechelen

  • Catherine d’Alexandrie

Catherine est une des vedettes de l’art religieux, elle figure dans des centaines de nativités, de saintes conversations, de crucifixions, de retables, de polyptyques et de vitraux avec ses attributs, morceaux de roue, épée, couronne et palme. Elle est l’une des seules a contracter un mariage mystique, représentée avec l’enfant Jésus qui lui passe un anneau.

 – Baldung Grien, Hans, Three Kings Altarpiece (closed), 1507, Linden panel, 121 x 28 cm, (each wing) Staatliche Museen, Berlin

 – Master of the Housebook, St Barbara, St Catherine, 1485-90, Drypoint (unique impression), 120 x 40 and 119 x 38 mm, respectively, Rijksmuseum, Amsterdam

Catherine et Agnès, Barbara et Catherine. Agnès fut égorgée, comme un mouton. Barbara a été décapitée par son père.

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 – Altichiero da Zevio, Two scenes on the southwest wall, 1378-84, Fresco Oratorio di San Giorgio, Padua

La scène du haut représente le martyre de Catherine, celle du bas, celui de Lucie. Comme Agnès, cette dernière est promise à la prostitution, puis au bûcher, et en réchappe par miracle à chaque fois, mais finit égorgée.

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 – Caravaggio, St Catherine of Alexandria, c. 1598, Oil on canvas, 173 x 133 cm, Museo Thyssen-Bornemisza, Madrid

Les vierges conservent leur intégrité en consentant à leur déchirement le plus total, la mort.

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 – Marie, vierge parmi les vierges.

Jeu : Catherine avec la robe à la roue, Barbara la tour, Agnès l’agneau ; tenailles, yeux, sein, berceau, pot, couronne, croix, qui sont les autres ?

  • Médiagraphie : wga.hu, wikimedia commons

P.S., assez étrange, cette scène de décollation de Valère et Tiburce, les compagnons de martyre de Sainte Cécile.

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 – Aspertini, Amico, Legend of Sts Cecilia and Valerian, Scene 5, 1504-06, Fresco, Oratory of St Cecilia, San Giacomo Maggiore, Bologna

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 – Aspertini, Amico, Legend of Sts Cecilia and Valerian (détail)

Une scène de sacrifice est représentée en arrière-plan sur un dolmen. On trouve côte à côte les religions druidiques, une statue de Jupiter qui préside le châtiment des chrétiens et Dieu le père par-dessus tout cela.